1. avr., 2017

Le nouveau mandat de la MONUSCO est-il vraiment nouveau?

Tout le monde semble dire que cette fois-ci la MONUSCO pourra faire une vraie différence, car son mandat n'a pas juste été prorogué, il a aussi été renouvellé. Mais est-ce vraiment vrai ?

Déjà la protection de la population était au coeur de son mandat. Mais est-ce qu'ils y sont parvenus? Au moins, le résolution 2348 reconnait ses faiblesses en ces termes:

Le Conseil de Sécurité condamne le massacre de plus de 1.000 civils dans la région de Beni depuis octobre 2014, dont plus de 230 au cours de la seule année 2016, certains de ces civils ayant été tués à proximité de bases de la MONUSCO, exprime sa profonde préoccupation devant la persistance de la violence dans cette région, souligne qu'une enquête approfondie sur ces attaques doit être menée dans les meilleurs délais afin d'amener les auteurs à répondre de leurs actes, et demande au Gouvernement de la République démocratique du Congo de mener de nouvelles opérations militaires, dans le respect du droit international, notamment du droit international humanitaire et du droit international des droits de l'homme, selon qu'il conviendra, en coordination avec la MONUSCO et avec l'appui de cette dernière, conformément à son mandat, en vue de mettre fin à la menace que représentent les groupes armés présents dans l'est de la République démocratique du Congo.

Cet appel à de nouvelles opérations militaires est-il acceptable, sachant comment les militaires congolais se comportent sur terrain? Le CSNU est-il conscient des abérrations que nos populations vivent ici tous les jours aux mains des militaires. Il y a lieu d 'en douter!

Dans la partie du mandat sur la réforme du secteur de la sécurité, le CSNU demande à la MONUSCO de collaborer avec le Gouvernement de la République démocratique du Congo: 

... afin qu'il puisse réformer l'armée nationale de manière à la rendre plus responsable, plus efficiente, plus autonome, mieux entraînée, plus sélective et plus efficace, en conformité avec les dispositions de la Politique de diligence voulue en matière de droits de l'homme de I'ONU, tout en gardant à l'esprit que tout appui fourni par les Nations Unies, notamment sous la forme de rations ou de carburant, doit l‘être dans le cadre d'opérations conjointes et faire l'objet d'un contrôle et d'un examen minutieux.

On dirait qu'il n'ont aucune idée à quel point l'armée est aujourd'hui en train de violer les droits humains!

Sur sa stratégie de sortie, le CSNU dit ceci:

Souligne que le retrait de la MONUSCO doit s'effectuer par phases et de façon progressive, en fonction d'objectifs spécifiques définis de concert avec le Gouvernement de la République démocratique du Congo et en consultation avec d'autres parties prenantes, le Secrétaire général étant prié de lui faire rapport à la fin de chaque phase et à intervalles réguliers des progrès accomplis et de formuler toutes recommandations nécessaires concernant la planification des phases ultérieures du retrait, et attend avec intérêt la reprise d'un dialogue stratégique entre le Gouvernement de la République démocratique du Congo et l'Organisation des Nations Unies à cet égard.

Si la réforme de l'armée nationale ne fait pas partie du plan de sortie, la MONUSCO nous laissera avec une armée prédatrice, et ce nouveau mandat de la MONUSCO, qui se focalise trop sur l'accord de la St Sylvèstre, et trop peu sur les changements structuraux dont a besoin notre Congo, rejoindra en termes d'impact tous les anciens mandats précédents: rien.