4. août, 2017

Témoignages accablants sur l'implication d'agents de l'ordre dans les assassinats au Kasaï

Un rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux Droits de l’Homme, publié vendredi 4 août 2017 à Genève et rédigé à partir de nombreux témoignages des réfugiés du Kasaï, conclut ceci:

  • Sur la base des témoignages de 96 victimes et témoins qui ont fui différents villages du territoire de Kamonia, province du Kasai, en RDC, l'équipe du HCDH, déployée en Angola du 13 au 23 juin 2017, a pu confirmer qu’entre le 12 mars et le 19 juin 2017, des violations et abus graves des droits de l'homme à l’encontre de 282 personnes ont été commis par des agents de l'État ainsi que des éléments des milices Kamuina Nsapu et Bana Mura, dans le contexte des violences en cours au Kasaï.

  • Étant donné que tous les réfugiés interviewés par le HCDH ont fui différents villages du territoire de Kamonia près de la frontière angolaise - les violations et abus présentés dans ce rapport reflètent uniquement les violences et les dynamiques du territoire de Kamonia, qui peuvent différer de la situation dans d’autres parties de la région. Les violations et abus documentés par l’équipe comprennent l’exécution sommaire ou extrajudiciaire de 251 personnes, des mutilations et autres blessures à l’encontre de 17 personnes, neuf enlèvements, quatre viols et un cas d'arrestation arbitraire. L’équipe a également documenté des actes de pillage, de destruction ou d’incendie de biens. Certains survivants d’attaques qui ont parlé à l'équipe du HCDH ont montré des blessures qui ont bouleversé leur existence et les ont rendus invalides à vie. La plupart avaient fui leurs villages, perdu tout ce qu'ils possédaient et, dans de nombreux cas, avaient été séparés des membres de leur famille en fuyant. Les nombreux enfants recrutés dans les rangs des Kamuina Nsapu seront confrontés à de graves traumatismes et risquent la stigmatisation et une réinsertion difficile au sein de leurs communautés.

  • Des agents locaux de sécurité et de défense auraient soutenu et parfois dirigé la milice Bana Mura à lutter contre l'insurrection des Kamuina Nsapu, agissant en dehors du cadre de leurs fonctions et de leurs rôles tels que définis dans leur mandat. Les personnes interviewées par le HCDH ont également accusé des fonctionnaires traditionnels locaux de participer à la planification de ces opérations. Il est important de souligner que le mysticisme fait partie intégrante du système de croyances collectives dans la région du Kasaï et son influence dans la dynamique de la crise ne doit pas être sous-estimée. Les Kamuina Nsapu et les habitants des villages attaqués sont convaincus que la sorcellerie joue un rôle majeur, expliquant la résistance des Kamuina Nsapu contre l'armée nationale pourtant bien équipée. Les forces de sécurité et d'autres autorités locales auraient commencé à organiser et à utiliser des membres Tchokwe, Pende et Tetela de la population pour mener des attaques ciblées et bien planifiées contre les Kamuina Nsapu, ainsi que contre les communautés Luba et Lulua vivant dans les villages que la milice a occupés ou menacé d'occuper. Certains éléments des Bana Mura ont été choisis et utilisés par des agents de l'État pour leurs prétendus pouvoirs magiques afin de neutraliser la sorcellerie censée être utilisée par les Kamuina Nsapu.

  • Le HCDH a documenté un grand nombre de témoignages selon lesquels les Bana Mura avaient pour objectif de séparer les communautés Luba et Lulua du reste de la population vivant dans certaines zones, afin de faciliter le ciblage de ces deux groupes et de les éliminer de la région.

  • Les violations et abus des droits de l'homme documentés par l'équipe du HCDH constituent des infractions en vertu du droit pénal de la RDC et peuvent constituer des crimes relevant du droit international. Les massacres à grande échelle perpétrés dans le cadre d'attaques contre de paisibles villageois par les Bana Mura, avec le soutien des forces de sécurité locales, peuvent par exemple constituer des crimes contre l'humanité. À cet égard, il convient de rappeler que la RDC a ratifié le Statut de Rome et intégré ses dispositions dans son système juridique national. Les auteurs de tels crimes, ainsi que leurs complices, et ceux jouant un rôle de commandement, doivent répondre de leurs actes. Les conclusions du présent rapport seront mises à la disposition de l'équipe d'experts internationaux sur le Kasaï mandatée par le Conseil des droits de l'homme, ainsi que toute institution judiciaire traitant de la situation au Kasaï, dans le but de contribuer à la lutte contre l’impunité pour ces crimes graves.

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