19. juil., 2018

Masisi: "nos militaires sont devenus nos bourreaux ou nos pires ennemis"

Au Congo, l'Etat de droit n'existe pas. Le nombre de témoignages sur l'utilisation des FARDC ou des PNC par des hommes au pouvoir ou des hommes riches, pour humilier, violer, piller, chasser, anéantir la population innocente sans protection, est tellement élevé, qu'on ne peut que conclure que le système actuel au pouvoir est bâti sur la violence. Dans le Congo profond, des atrocités sont commises tous les jours, tous les jours, sans que personne n'intervienne, sans que les responsables de ces violences étatiques ne soient interpellés, voire punis. Comment voulez-vous que le congolais se reconnaisse encore comme citoyen d'un pays qui le détruit?

Depuis le mois de Janvier 2018, les éléments militaires FARDC du 3411ème régiment basé à Masisi, associé aux éléments de la Police nationale congolaise ont été impliqués dans des violations graves des droits humains lorsque ils procédaient au déguerpissement des populations civiles dans leurs villages respectifs.

Des victimes, des membres des familles des victimes et des témoins de ces atrocités ont affirmé à l’ONG Cercle national de réflexion sur la jeunesse en RDC (CNRJ-RDC) que dans la plus part de cas, les forces loyalistes tirent plusieurs balles là où il n’y a pas des belligérants. Et, ils procédaient à des viols systématiques contre les jeunes filles et les femmes. Au moins 3 civils ont été grièvement blessés, et 3 autres personnes ont été tuées dont un policier.

Au moins 13 femmes ont été violées depuis le début de cette année, une femme de 20 ans est décédée quelques semaines après le viol. Cependant nous n’avions pas réussi à associer ce décès et le viol qu’elle avait subi.

Les victimes et les témoins ont affirmé que ces atrocités étaient une façon pour les militaires FARDC de pouvoir déguerpir les populations dans leurs villages. Ils ont indiqué que lorsque les militaires attaquent les villages, ils leurs disent que « Pourquoi vous vous entêtez, vous ne voulez pas quitter ici, nous allons alors vous discipliner. »

Pour les victimes, ces viols, tueries, pillages, blessures graves que leurs infligent les militaires FARDC et des éléments de la Police, est une façon juste de leur faire peur afin qu’ils abandonnent définitivement leurs villages.

Très souvent, rapporte le CNRJ-RDC, des civils ont été obligés par les FARDC et les policiers à transporter les biens pillés jusque dans des positions militaires. Et cela, pour des longues distances. Les victimes ont témoigné au CNRJ que lorsqu’ils étaient sur la route en transportant le butin, les militaires leurs frappaient des fouets.

« Je venais d’être arrêté déjà…. les militaires FARDC m’ont forcé amener les chèvres vers leurs destinations, comme parmi les chèvres pillées, il y avait mes chèvres, qui m’ont reconnu et m’ont suivi, à travers mes chèvres, toutes les autres chèvres du village nous ont suivi. Je me suis arrêté à Katale, à plus de 5h de temps de marche à pied», a témoigné un cultivateur de 47 ans.

Il a conclu son témoignage en disant : « … ils (des militaires et policiers) utilisent des armes qui devraient plutôt nous protéger, donc nos militaires sont devenus nos bourreaux ou nos pires ennemis».

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