7. sept., 2018

Les roulages de Kinshasa obtiennent 80% de leurs revenus par voie "informelle"

Les policiers mal payés infligent des arrêts injustifiés aux conducteurs

La devise officieuse de la République démocratique du Congo a été lancée pour la première fois il y a soixante ans par Albert Kalonji, le chef de l'Etat sécessionniste éphémère du Kasaï du Sud : "Vous êtes chez vous, débrouillez-vous". Avec à peine une économie formelle au Congo, et encore moins un État providence, les gens font tout ce qu'ils peuvent pour s'en sortir. Ferme familiale, commerce, contrebande et arnaque. Les fonctionnaires et les rebelles pillent et extorquent. Les congolais appellent "se débrouiller tout seul" l'article 15 de la Constitution.

Le vrai article 15, de la constitution adoptée en 2006, exhorte l'État à éradiquer la violence sexuelle. Pour une raison ou une autre, la police semble vouloir faire respecter plus le mythique article 15 que le vrai. Une nouvelle étude de Raul Sanchez de la Sierra de Harvard et Kristof Titeca de l'Université d'Anvers a révélé qu'à Kinshasa, la capitale, les roulages obtiennent environ 80% de leurs revenus des "péages informels".

Tout chauffeur d'un taxi jaune ou d'un bus local délabré (surnommé "esprit de la mort" pour son mauvais entretien) doit payer un "droit de protection" aux agents de roulage. La méthode est simple: on met un poing par la fenêtre à certains carrefours du boulevard et on glisse un billet d'une valeur de 0,30 $ dans la main d'un policier qui attend. Si cet argent n'est pas payé, les agents trouveront différentes infractions qui permettront d’imposer une amende importante. "Pour la plupart des voitures, c’est facile à trouver une infraction, car peu sont en règle. Sinon,[les rouages] inventeront quelque chose", dit M. Titeca. "J'ai été arrêté un jour parce que le policier insistait que mon chauffeur de taxi avait besoin d'un permis pour transporter un blanc."

Pour maintenir sa position lucrative sur le boulevard, un policier doit "remercier" le supérieur qui l'y a mis. Chaque jour, il devra arrêter un nombre pré-négocié de chauffeurs et les escorter jusqu'au poste de police, où son supérieur exigera un plus grand retour pour lui-même. Si un agent ne respecte pas le quota imposé, son chef peut retenir le gilet orange que tous les agents de police de la circulation doivent porter.

Pour les conducteurs de Kinshasa, traiter avec la police exige du charme, des capacités de négociation et de l'imperturbabilité. Alors que votre correspondant prenait un taxi à Kinshasa, un policier ivre s'était lancé à moitié par la fenêtre pour exiger de l'argent. Le conducteur a simplement ri. Aussitôt que l'officier s'était retiré juste assez, il a enfoncé l’accélérateur.

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