22. janv., 2019

L'ANR, un état dans l'état

Ces derniers temps, nous constatons régulièrement que les gens de l'ANR agissent de façons inacceptables, se croyant au-dessus de la loi. Il s'agit d'un service étatique qui bénéficie de privilèges extraordinaires et qui n'est redevable qu'envers le raïs lui-même. Ils ne portent jamais d'uniforme, car ils doivent rester invisibles et non-reconnaissables. mais ils sont certainement parmi les services étatiques les plus dangereux et pernicieux.

Jean-Jacques Wondo Omanyundu a fait une analyse de cette nébuleuse, qu'il a publiée sur son site internet. Mais comme l'ANR a rendu l'accès à ce site à partir de la RDC quasiment impossible, il faut passer par un proxy ou un service VPN. Nous publions ici les conclusions de desc-wondo pour tous ceux qui n'y parviennent pas. Bonne lecture.

A la différence de l’administration publique et de l’armée, l’ANR – et les services de sécurité de Kabila – fonctionne parfaitement. Joseph Kabila y veille méticuleusement d’autant plus qu’il cède souvent à la paranoïa. Les divers organismes en charge de la sécurité, dont les chefs font rapport directement à Kabila, forment un cercle au centre duquel se trouve Joseph Kabila qui peut ainsi mieux les contrôler ou les manipuler. A mesure que Joseph Kabila se conforte au pouvoir depuis 2001, l’ANR, devenue un Etat dans un Etat, renforce missions : avertir le « Raïs » du moindre danger potentiel, voire utopique ; déjouer d’éventuels complots ; arrêter les opposants qui seront battus, torturés ou abandonnés dans les culs de basse-fosse ; pousser à l’exil les opposants ou contestataires encombrants ; éliminer sans ménagement les plus dangereux ou supposés tels ; acheter les opposants ; maintenir la population en état de terreur. L’ensemble du dispositif de sécurité, très efficace, repose sur un large réseau d’informateurs nationaux et de la diaspora congolaise. Tous émargent du budget de la présidence et agissent parfois avec l’aide des services amis telles que la DGST (Direction Générale de la Surveillance du Territoire) de la République du Congo, le DMI (Directorate of Military Intelligence), le service de renseignement militaire qui informe le haut commandement de l’armée et le ministère de la Défense[17] au Rwanda où se rendent régulièrement Kalev, les généraux Jean-Claude Yav et Kahimbi, ainsi que la DGSE française[18]. Paris est devenue la plaque tournante de l’ANR au sein de l’UE.

Au moment où le processus électoral en RDC entre dans une phase critique, nous avons trouvé important de porter un regard attentif sur la structure et le fonctionnement de l’ANR qui reste la cheville ouvrière du régime autocratique de Joseph Kabila en RDC. L’ANR aide ce régime à perpétuer à tout prix l’ordre politique actuel, avec ou sans élections. Cela passera par une répression sans précédent des contestataires du régime après les parodies d’élections qui se profilent. D’où notre appel à la vigilance et aux pressions diverses de la population congolaise, des organisations des droits de l’homme, des organes de presse et des partenaires internationaux de la RDC sur les personnes mentionnées dans ce texte.

La mauvaise conception et utilisation des services de renseignements en RDC, voire en Afrique noire, souvent dépendant de la présidence de la république, fait qu’ils finissent par devenir des services prétoriens et personnels au service de l’individu politique Président. Il faudrait dès lors revoir dans l’avenir l’organisation et le fonctionnement de l’ANR, la placer sous-tutelle directe du ministère de la Justice ou du ministère de l’Intérieur et en limiter drastiquement ses compétences. Cela permettrait de réduire des dérives dictatoriales, de lutter efficacement contre l’impunité dans les échelons supérieurs de l’Etat et de renfoncer le fonctionnement de l’Etat de droit.