21. févr., 2019

Opération Likofi: assassinat d'au moins 27 jeunes hommes par la police à Kinshasa (HRW)

Les forces de sécurité en République démocratique du Congo ont exécuté sommairement au moins 27 jeunes hommes et garçons et en ont fait disparaître de force 7 autres au cours d’une campagne anti-criminalité entre mai et septembre 2018. La campagne, connue dans la police sous le nom d’« Opération Likofi IV », a visé des membres de gangs présumés dans la capitale de la RD Congo, Kinshasa.

Human Rights Watch a constaté que des agents de police, souvent habillés en civil, ont appréhendé sans mandat des membres de gangs présumés, appelés kulunas, la nuit à leur domicile ou dans d’autres lieux. Dans de nombreux cas, la police a ligoté les victimes et leur a bandé les yeux, les a conduites vers des lieux non identifiés et les a tuées. Souvent la police a abandonné les corps des victimes près de leur maison tôt le lendemain matin. La plupart des victimes ont été étranglées dans une stratégie manifeste des autorités visant à détourner l’attention de la police.

« Étrangler, abattre et faire disparaître des suspects en garde à vue n’est jamais une manière légale de lutter contre la criminalité urbaine », a déclaré Ida Sawyer, directrice adjointe de la division Afrique de Human Rights Watch. « La nouvelle administration de la RD Congo devrait mettre un terme aux campagnes policières abusives et veiller à ce que les responsables de ces crimes horribles fassent l’objet d’enquêtes et de poursuites. »

Un officier supérieur des forces de sécurité et plusieurs autres personnes bien informées sur l’opération ont expliqué à Human Rights Watch que les personnes visées incluaient des kulunas connus pour mobiliser des manifestations conduites par l’opposition. D’autres avaient résisté aux efforts de recrutement menés par le parti au pouvoir ou par les agences de sécurité. Human Rights Watch a précédemment documenté les efforts du parti au pouvoir pour recruter, payer et déployer des kulunas pour infiltrer et perturber violemment les manifestations organisées par l’opposition contre l’ancien président Joseph Kabila.

Des sources gouvernementales ont indiqué que l’un des objectifs de l’Opération Likofi IV était de semer la terreur dans la capitale pour dissuader les manifestations en lien avec les élections. Ceci a eu lieu dans un contexte de répression plus large contre l’opposition politique et les activistes pro-démocratie dans le pays.

Les exécutions extrajudiciaires perpétrées pendant l’Opération Likofi IV que Human Rights Watch a documentées ont suivi des schémas clairs. La police a appréhendé des jeunes hommes et des adolescents la nuit, sans présenter de mandat, à leur domicile familial ou dans d’autres lieux où ils dormaient ou travaillaient, comme des hôtels, des chantiers, des entrepôts, des bars et des boutiques. Les preuves disponibles montrent que la police a généralement conduit les victimes dans un lieu non identifié et les a étranglées ou les a abattues. La police a exécuté sommairement au moins trois membres de gangs présumés en présence de leurs proches.

Les forces de sécurité étaient souvent accompagnées par un kuluna présumé, portant lui aussi parfois un masque, qu’elles utilisaient comme informateur pour savoir où les autres kulunas présumés passaient la nuit. Dans au moins trois cas, ces « guides » ont aussi été tués. La police a parfois pris les téléphones, l’argent et d’autres effets personnels trouvés pendant les arrestations. Le lendemain matin, aux premières heures, la police abandonnait les corps des victimes près de l’endroit où l’arrestation avait eu lieu. Dans deux cas, les corps ont été abandonnés dans la banlieue de Kinshasa, loin de la maison familiale.

D’après les récits des membres des familles et des personnes qui ont trouvé les corps, y compris un employé de la morgue, des officiers de police et un caméraman, 23 des victimes avaient des marques nettes de strangulation alors que quatre autres présentaient des blessures par balle. Certains avaient des marques indiquant qu’ils avaient eu les bras ligotés dans le dos, alors qu’au moins trois avaient les parties génitales coupées et d’autres avaient des dents cassées ou des blessures par arme blanche.

Dans la plupart des cas, les cadavres gisaient dans la rue pendant plusieurs heures, suscitant la panique et la peur parmi les habitants, jusqu’à ce que des policiers en uniforme les ramassent et les amènent à la morgue. La police a souvent intimidé les membres des familles des victimes et, dans certains cas, leur a interdit d’organiser des funérailles ou une cérémonie de deuil traditionnelle, forçant les familles à se rendre directement au cimetière après que le corps a été récupéré à la morgue.

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