16. juin, 2020

AMNESTY INTERNATIONAL: PAS DE JUSTICE POUR LES VICTIMES DE LA RÉPRESSION BRUTALE DE 2015-2018

Entre janvier 2015 et décembre 2018, les forces de sécurité congolaises ont brutalement et systématiquement réprimé les manifestants qui s’opposaient aux tentatives du président Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà de son deuxième mandat constitutionnel. Fin décembre 2018, on dénombrait au moins 320 morts et 3 500 blessées, principalement dans la capitale Kinshasa. Plus de 8000 personnes ont également été arbitrairement arrêtées ou détenues dans le cadre de ces manifestations. La brutalité de la répression de cette révolte populaire a été particulièrement criante lors des manifestations de janvier 2015, de septembre 2016 et de décembre 2016, ainsi que pendant les marches pacifiques du Comité laïc de coordination de l’Eglise catholique (CLC) organisées entre décembre 2017 et février 2018.

Dans un nouveau rapport intitulé « Sans suite ! », Amnesty International rend compte du recours systématique à la force excessive, y compris létale, par les forces de sécurité, souvent sur ordre des autorités. Il examine également l’incapacité des autorités congolaises à enquêter efficacement sur ces crimes et autres violations graves des droits humains et à traduire leurs auteurs présumés en justice.

Les autorités ont empêché que des poursuites soient engagées ou, tout au moins, ont retardé les actions menées par les victimes, leurs familles et leurs avocats pour obtenir justice. Et les autorités ont agi de la sorte même lorsqu’elles avaient reconnu que des violations avaient été commises par la police et qu’elles s’étaient engagées à mener des enquêtes et à établir toutes les responsabilités. Selon les informations dont dispose Amnesty International à ce jour, aucune des victimes qui ont déposé des plaintes officielles n’a vu leurs auteurs présumés traduits en justice. De nombreuses familles de victimes n’ont même pas pu récupérer les corps de leurs proches afin de les enterrer dignement ni obtenir justice et réparation. Beaucoup de celles et ceux qui ont perdu un membre de leurs familles, et devenant de ce fait veuves, veufs ou orphelins, doivent se battre pour survivre.

Les autorités congolaises doivent veiller à ce que des enquêtes exhaustives, impartiales, indépendantes et transparentes soient menées sur tous les crimes et autres graves violations des droits humains perpétrés par les forces de sécurité lors des manifestations. Les auteurs présumés doivent être renvoyés sans délai devant des tribunaux compétents et poursuivis dans le respect des normes internationales d’équité des procès. La demande des victimes et de leurs familles pour accéder à la vérité, à la justice et à des réparations satisfaisantes doit être respectée. Les autorités congolaises doivent veiller à ce que les plaintes déposées par les victimes ou leurs proches soient traitées sans délai en conformité avec les lois et les normes internationales relatives aux droits humains.

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